Cet article fait partie de notre guide « Crédit hypothécaire et succession : le guide complet ».
Oui, vous pouvez vendre votre part d'indivision sans l'accord des autres indivisaires : personne n'est tenu de rester en indivision. Mais si l'acheteur est extérieur à l'indivision, vous devez d'abord notifier le projet aux coïndivisaires, qui disposent d'un mois pour l'acheter aux mêmes conditions (article 815-14 du Code civil). Vendre à un coïndivisaire est le plus simple et souvent le mieux payé ; vendre à un tiers ou à une société spécialisée se fait presque toujours avec une forte décote.
Ce que vous vendez exactement
En indivision, vous ne possédez pas une pièce de la maison mais une quote-part abstraite du bien : un tiers, la moitié, un quart. C'est cette quote-part, appelée « droits indivis », qui se vend. L'acheteur prend votre place dans l'indivision, avec les mêmes droits et les mêmes contraintes : il ne peut pas occuper seul le bien, ni le vendre sans les autres.
C'est pour cela qu'une part d'indivision vaut moins, sur le marché, que la fraction correspondante du bien entier. Un acheteur extérieur achète un droit difficile à exploiter et souvent un conflit en cours.
Le principe est posé par l'article 815 du Code civil : nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision. Vous pouvez donc toujours en sortir, soit en vendant votre part, soit en demandant le partage. Voir les voies pour sortir de l'indivision successorale.
À qui vendre sa part d'indivision ?
| Acheteur | Formalités | Prix obtenu | Points de vigilance |
|---|---|---|---|
| Un coïndivisaire (frère, sœur, ex-conjoint) | Acte notarié, pas de droit de préemption à purger | Le plus proche de la valeur réelle | Accord sur la valeur, financement de l'acheteur |
| Plusieurs coïndivisaires ensemble | Acte notarié, répartition de la part entre eux | Proche de la valeur réelle | Chacun doit financer sa fraction |
| Un tiers particulier | Notification préalable aux coïndivisaires (article 815-14) | Décote fréquente | Peu d'acheteurs, nullité de la vente si la procédure n'est pas respectée |
| Une société de rachat de parts d'indivision | Même notification préalable | Décote souvent forte | La société reprend votre place et cherchera à faire vendre le bien |
Le droit de préemption des coïndivisaires
Quand l'acheteur est étranger à l'indivision, la loi protège les autres indivisaires. L'article 815-14 du Code civil impose une procédure précise :
- La notification : vous devez notifier à chaque coïndivisaire, par acte de commissaire de justice, le prix et les conditions de la cession projetée, ainsi que l'identité de l'acheteur.
- Le délai d'un mois : chaque coïndivisaire peut, dans le mois qui suit, vous faire savoir qu'il exerce son droit de préemption, au prix et aux conditions notifiés.
- Le délai de réalisation : s'il préempte, il dispose de deux mois pour signer l'acte de vente ; à défaut, sa déclaration de préemption est nulle de plein droit quinze jours après une mise en demeure restée sans effet.
- Plusieurs préempteurs : si plusieurs coïndivisaires préemptent, ils acquièrent ensemble la part, en proportion de leurs droits, sauf accord contraire.
Une vente conclue sans cette notification est nulle. L'action en nullité appartient aux coïndivisaires qui auraient dû être prévenus, et elle se prescrit par cinq ans. Le notaire de l'acheteur vérifie ce point avant de signer : c'est une formalité que l'on ne contourne pas.
Vendre à une société de rachat de parts d'indivision
Des sociétés se sont spécialisées dans le rachat de quotes-parts indivises. Leur proposition est rapide et ne dépend pas de l'accord des autres. Elle a un prix : la société achète un droit qu'elle ne pourra valoriser qu'en obtenant la vente du bien entier, ce qui peut prendre du temps et passer par une procédure. Elle intègre ce délai, ce risque et sa marge dans son offre.
- Avant de signer, comparez l'offre avec ce que vous obtiendriez d'un partage amiable ou d'une vente du bien entier.
- Demandez qui achète, comment le prix est calculé, et quand il est versé.
- Respectez la notification préalable : vos coïndivisaires peuvent préempter au même prix, ce qui est souvent la meilleure issue pour la famille.
- Mesurez l'effet sur vos proches : l'arrivée d'un investisseur dans l'indivision change le rapport de force et peut conduire à une vente forcée.
Une telle société peut, si elle réunit au moins deux tiers des droits avec d'autres indivisaires, engager la procédure de vente à la majorité de l'article 815-5-1 du Code civil, ou demander le partage en justice, avec à la clé une licitation.
Pourquoi une part d'indivision se vend avec une décote
- Pas de jouissance exclusive : l'acheteur ne peut ni habiter seul le bien ni le louer sans les autres.
- Pas de liberté de vendre le bien : il lui faut l'unanimité, la majorité des deux tiers avec autorisation du juge, ou un partage.
- Des délais et des frais de procédure s'il faut aller en justice.
- Un financement difficile : peu de prêteurs acceptent une quote-part indivise en garantie.
À l'inverse, un coïndivisaire qui rachète votre part réunit des droits et se rapproche de la pleine propriété : votre part vaut plus pour lui que pour quiconque. C'est l'argument central d'une négociation familiale.
Fixer le prix de sa part
Le point de départ est la valeur vénale du bien entier, multipliée par votre quote-part, après déduction du capital restant dû sur un éventuel prêt. Faites estimer le bien par au moins deux professionnels, ou par un expert immobilier si le désaccord est fort. Tenez compte aussi des comptes de l'indivision : indemnité d'occupation due par celui qui habite le bien, dépenses de conservation avancées par l'un, loyers perçus par un autre. Ces créances se règlent en même temps que la cession.
Si vous vendez à un proche à un prix nettement inférieur à la valeur réelle, l'écart peut être regardé comme une donation. Votre notaire vous indiquera si un prix réduit est possible sans risque fiscal ou civil.
Fiscalité et frais
| Situation | Côté acheteur | Côté vendeur |
|---|---|---|
| Rachat par un coïndivisaire d'une indivision issue d'une succession, d'un divorce ou d'un PACS | Droit de partage de 2,5 % (1,10 % entre ex-époux ou ex-partenaires de PACS), plus les frais de notaire | En principe pas d'imposition de plus-value sur la cession à un coïndivisaire dans ce cadre ; à confirmer par le notaire |
| Rachat par un coïndivisaire dans une indivision conventionnelle (achat à plusieurs) | Règles proches, à vérifier selon l'origine de l'indivision | Selon la nature de l'opération |
| Vente à un tiers ou à une société | Droits de mutation d'une vente immobilière, plus les frais de notaire | Plus-value immobilière imposable, sauf exonération (résidence principale notamment) |
Le détail du calcul des frais lorsqu'un coïndivisaire rachète est expliqué dans notre page frais de notaire d'un rachat de part en indivision.
Les étapes d'une vente de part d'indivision
- Faire estimer le bien et établir les comptes de l'indivision.
- Proposer d'abord votre part aux coïndivisaires, par écrit, avec l'estimation.
- À défaut d'accord, chercher un acheteur extérieur et signer avec lui une offre sous condition de non-préemption.
- Notifier le projet aux coïndivisaires par commissaire de justice, puis attendre le délai d'un mois.
- Signer l'acte chez le notaire, avec l'acheteur retenu ou le coïndivisaire qui a préempté.
Exemple : Claire vend sa part à son frère plutôt qu'à une société
Claire, son frère Marc et son frère Paul ont hérité d'une maison estimée 600 000 €, sans prêt en cours. Claire veut récupérer sa part, soit un tiers de la valeur : 200 000 €. Une société de rachat lui propose une somme nettement inférieure, versée rapidement.
Marc souhaite garder la maison familiale à terme. Il rachète la part de Claire à 200 000 €, plus le droit de partage et les frais. Sa banque refuse un prêt classique, ses revenus étant déjà engagés. Marc est propriétaire d'un appartement estimé 450 000 €, sur lequel il reste 80 000 € de prêt. Un crédit hypothécaire sur cet appartement peut atteindre 70 % de sa valeur, prêt en cours déduit : 315 000 € moins 80 000 €, soit 235 000 € au plus. Le besoin de Marc entre dans cette limite, sous réserve que ses revenus couvrent les remboursements.
Claire reçoit la valeur réelle de sa part, Marc et Paul restent seuls en indivision, et aucun investisseur extérieur n'entre dans la famille.
Les alternatives à la vente de sa part
- Vendre le bien entier d'un commun accord, ou à la majorité des deux tiers avec l'autorisation du tribunal judiciaire (article 815-5-1 du Code civil) : chacun reçoit sa part du prix, sans décote.
- Demander le partage, amiable ou judiciaire, avec attribution du bien à l'un contre une soulte. Voir la soulte : définition et calcul.
- Signer une convention d'indivision si personne n'est pressé, pour organiser la gestion et la sortie future.
- Faire financer le rachat par les coïndivisaires qui veulent garder le bien, y compris par un crédit hypothécaire.
Le financement du rachat avec Trésovia
Trésovia étudie le financement du coïndivisaire qui rachète, lorsque la banque refuse un prêt classique. Le crédit hypothécaire est garanti par un bien d'au moins 300 000 € situé en France : le bien racheté lui-même lorsque l'acheteur en devient seul propriétaire, ou un autre bien qui lui appartient. Le besoin doit être d'au moins 50 000 €, dans la limite de 70 % de la valeur du bien, crédits en cours déduits. La durée va jusqu'à 25 ans en amortissable, ou jusqu'à 15 ans en in fine dès 100 000 €. Il faut des revenus permettant de rembourser, une résidence fiscale en France et aucune inscription au FICP ou au FCC. Comptez 30 à 45 jours entre un dossier complet et le versement des fonds, délai légal de réflexion de dix jours compris. Trésovia ne finance pas l'achat d'une quote-part par un tiers extérieur à l'indivision.
Questions fréquentes
Peut-on vendre sa part d'indivision sans l'accord des autres ?
Oui. Personne n'est obligé de rester en indivision. Si l'acheteur est extérieur, vous devez d'abord notifier le projet aux coïndivisaires, qui peuvent acheter votre part aux mêmes conditions dans le délai d'un mois.
Que se passe-t-il si l'on vend sans notifier les coïndivisaires ?
La vente est nulle. Les coïndivisaires qui auraient dû être prévenus peuvent agir en nullité pendant cinq ans.
Faut-il notifier la vente quand l'acheteur est un coïndivisaire ?
Non. Le droit de préemption ne joue que pour une cession à une personne étrangère à l'indivision. L'acte se signe chez le notaire.
Une société de rachat de parts d'indivision est-elle une bonne solution ?
Elle est rapide mais achète avec une décote, puis cherche à faire vendre le bien. Comparez toujours son offre avec un rachat par un coïndivisaire ou une vente du bien entier.
Comment calculer le prix de sa part ?
Valeur du bien entier, moins le capital restant dû d'un éventuel prêt, multipliée par votre quote-part, puis ajustée des comptes de l'indivision, comme l'indemnité d'occupation.
La vente de sa part d'indivision est-elle imposable ?
Une cession à un coïndivisaire dans le cadre d'une succession ou d'un divorce relève en principe du droit de partage pour l'acheteur. Une vente à un tiers peut générer une plus-value imposable pour le vendeur, sauf exonération.
Un coïndivisaire peut-il financer le rachat avec un crédit hypothécaire ?
Oui, si la banque refuse un prêt classique : le bien racheté, une fois détenu seul, ou un autre bien qu'il possède sert de garantie, dans la limite de 70 % de sa valeur, crédits en cours déduits.
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